Danse-moi



Tout le monde dansait pour elle. A deux mois elle nous regardait, yeux écarquillés et sourcils froncés, attendant comme une reine que nous produisions un son, un mouvement, un simple geste de travers qui la fasse rire aux éclats. Elle régnait toute petite ; elle voulait que l’on danse pour elle, juste. Elle voulait que l’on décroche la lune et ses poupées et ses dessins et les lui présente, en la faisant tourner toujours plus vite et toujours plus haut.


Si vous lui demandez, si vous demandez aux personnes qui l’ont connue l’été où elle s’est mis à parler, on vous dira que ses premiers mots, répétés comme une comptine inlassable tout juillet et août étaient « danse moi au ciel ».

Danse-moi au ciel. Encore et encore.

Et tous les étés nous dansions toujours plus fort, poings serrés et rires déployés. Je sais qu’aussi vite que cela commençait tout était terminé. Elle partait se rouler dans l’herbe et jouer avec ses amies et je retrouvais les miens.

« Danse pour moi »
« Danse-moi ».


Je crois que parfois on exige des autres les choses que l’on ne sait pas vivre nous-mêmes. On demande la perfection que l’on n’aura jamais. L’amour que l’on ne comprend pas. On serre les poings et secoue la tête et fronce les sourcils, exigeant deux, trois minutes de bonheur qui ne dure pas – juste le temps nécessaire à aller se rouler dans l’herbe un peu plus loin.

On dit : « danse-moi au ciel, jusqu’au ciel, encore et encore ». Mais ce que l’on veut dire, je crois, c’est « danse avec moi. » Montre-moi ce que cela fait, apprends-moi à le sentir dans tout mon corps. Dis-moi que ça en vaut la peine, que cela signifie quelque chose. Que je signifie quelque chose.

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Elle signifiait quelque chose, cette danse.
(et toi aussi).

Elle le sait maintenant.
(et nous aussi).

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